Transe
19 novembre, 2009, 11:08
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Elle ouvre le bal
Ses doigts caressent l'ostinato lascif
Il frappe sur les peaux comme un amant avide
Doucement tout d'abord, tellement doucement
Tendres préliminaires
Regards croisés sons mêlés
Viens viens viens
Puis plus fort à attendre sa voix
Il mesure sa fièvre, goûte la résistance
Il veut le chant
Chant d'amour et de rage
Il veut la transe
Avec elle
Doute-t-il ?
Elle sait
Tout va venir
Mais elle prend son temps

Ne te presse pas mon amour
Nous finirons déments
Moi hurlant mon plaisir
Toi effleurant tes peaux
Mordant si fort la mienne






Fantôme
18 novembre, 2009, 14:20
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FantômeVoilà des jours que mon fantôme traîne
Sur la dernière marche de l'escalier
Affalé sur le seuil, oublié là
Quand tu sors, quand tu entres
Un courant froid t'enroule
Tu penses à la porte, en bas
Probablement fermée de guingois
Mais non, ce n'est que moi
Tu piétines ma transparence sans y laisser de trace
Parfois je me soulève au son de tes pas
Ton visage embrasse le mien
Puis traverse le vide

J'ai chanté mille fois les signes du grimoire
À en perdre la voix dans un râle étouffé
J'ai perdu ton orbite et j'ai largué la mienne
Je flotte abasourdie dans le néant glacial

Je me souviens de tout
Je ne suis qu'un fantôme



Dionysos chante Ferré : Thank you Satan
17 novembre, 2009, 10:12
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Thank you satan 

Pour la flamme que tu allumes
Au creux d'un lit pauvre ou rupin
Pour le plaisir qui s'y consume
Dans la toile ou dans le satin
Pour les enfants que tu ranimes
Au fond des dortoirs chérubins
Pour les pétales anonymes
Comme la rose du matin

Thank You Satan

Pour le voleur que tu recouvres
De ton chandail tendre et rouquin
Pour les portes que tu lui ouvres
Sur la tanière des rupins
Pour le condamné que tu veilles
À l'abbaye du monte en l'air
Pour le rhum que tu lui conseilles
Et le mégot que tu lui sers

Thank You Satan

Pour les étoiles que tu sèmes
Dans le remords des assassins
Et pour ce coeur qui bat quand même
Dans la poitrine des putains
Pour les idées que tu maquilles
Dans la tête des citoyens
Pour la prise de la Bastille
Même si ça ne sert à rien

Thank You Satan

Pour le prêtre qui s'exaspère
À retrouver le doux agneau
Pour le pinard élémentaire
Qu'il prend pour du Château Margaux
Pour l'anarchiste à qui tu donnes
Les deux couleurs de ton pays
Le rouge pour naître à Barcelone
Le noir pour mourir à Paris

Thank You Satan

Pour la sépulture anonyme
Que tu fis à Monsieur Mozart
Sans croix ni rien sauf pour la frime
Un chien, croque-mort du hasard
Pour les poètes que tu glisses
Au chevet des adolescents
Quand poussent dans l'ombre complice
Des fleurs du mal de dix-sept ans

Thank You Satan

Pour le péché que tu fais naître
Au sein des plus raides vertus
Et pour l'ennui qui va paraître
Au coin du lit où tu n'es plus
Pour les ballots que tu fais paître
Dans le pré comme des moutons
Pour ton honneur à  ne paraître
Jamais à  la télévision

Thank You Satan

Pour tout cela et plus encore
Pour la solitude des rois
Le rire des têtes de morts
Le moyen de tourner la loi
Et qu'on ne me fasse point taire
Et que je chante pour ton bien
Dans ce monde où les muselières
Ne sont plus faites pour les chiens…

Thank You Satan

Dionysos

Dionysos est un groupe de rock français originaire de la ville de Valence. Il doit son succès à ses prestations scéniques et à l'univers dans lequel évolue le groupe, très inspiré par le cinéaste Tim Burton et l'écrivain Roald Dahl. Les textes, en anglais comme en français évoquent un univers surréaliste. C'est leur album Song for Jedi, sorti en 2002, qui les fait connaître auprès du grand public.

Nombreuses collaborations : The Kills, PJ Harvey, Cali, Olivia Ruiz, Deportivo, Magy Cherfi, Kim, Éric Cantona, Alain Bashung, Jean Rochefort, Arthur H, Grand Corps Malade, Emily Loizeau, Rossy de Palma).

Membres du groupe :
Mathias Malzieu : chant, ukulélé, guitare, thérémine, harmonica.
Éric Serra Tosio alias Rico : batterie, washboard.
Michaël Ponton alias Miky Biky : guitare, platine DJ, banjo, lapsteels.
Guillaume Garidel alias Guillermo : guitare basse, contrebasse, synthétiseur.
Élisabeth Maistre alias Babet : violon, synthétiseur, chant, banjo, thérémine.
Stéphan Bertholio alias Stephano : synthétiseur, banjo, glockenspiel, scie musicale ukulélé, lapsteels, guitare,

Pour célébrer les 15 ans du groupe, Dionysos a sélectionné et compilé près de 30 chansons et documents sonores totalement inédits : démos, titres livre, inédits, reprises… Ce double-album est un bijou.

~

Mathias Malzieu est aussi l'auteur de deux livres sensibles et poétiques : Maintenant qu'il fait tout le temps nuit sur toi et La Mécanique du coeur, ainsi que d'un recueil de nouvelles : 38 mini westerns avec des fantômes.



Alors… la vie ?
14 novembre, 2009, 18:17
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Alors... la vie ?Les yeux brûlés
J'ai cru ne plus savoir lire
La bouche scellée
J'ai cru ne plus pouvoir dire
Le corps évaporé
J'ai cru m'arrêter là

Alors… la vie ?

Il y eut…

Un mouvement dans l'herbe
Le talus se soulève comme mer déchaînée
Je ne bouge pas
Aucun étonnement
J'observe la vague
Jusqu'où montera-t-elle ?
Je l'espère très haute

Emporte-moi !

Juste un mirage
Ce n'était que cela
Une hallucination au déclin du jour
Depuis, peu à peu, les yeux se calment
Moins douloureux, encore un peu
Je reprends le chemin des pierres coupantes
Les pieds en sang, en équilibre

Mais… la vie…






Enfin l’automne
11 novembre, 2009, 14:30
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Montagnes et nuagesUn jour comme un autre
Tous pareils tous différents
Petit matin d'autome,
Ciel bas ouaté de gris
Zébré de longs filaments blancs
Nuages alanguis en contrebas
S'accrochant aux derniers reliefs
Avant la roche
Où les cris silencieux ricochent

Il a plu cette nuit
Trempée jusqu'aux os
Assise sur le sol spongieux
Je regarde le monde

Le soleil est enfin vaincu
Toute cette lumière
Tout ce jaune et ce bleu de l'aube au crépuscule
Le vert clinquant des arbres et les fleurs pomponnées
Brûlaient mon regard délavé

Les contrastes s'apaisent
Les brumes ressurgissent
Les gris renaissent
Ils s'accordent si bien à mon cœur fatigué
À ce corps qui rechigne à marcher encore

Et bientôt viendra le blanc
Et tout s'oubliera



Débat du moment : “Qu’est-ce que l’identité nationale ?”
9 novembre, 2009, 16:48
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Foule anonyme

“Qu'est-ce que l'identité nationale ?”.
Ce titre m'a donné bien du fil à retordre. Parce qu'enfin, pourquoi utiliser le mot “identité”. Un mot est un mot, qui a son sens propre et qui n'est jamais anodin. Nos politiques le savent bien, qui sont loin d'être idiots, n'est-ce pas… heum…
Or, nous savons bien qu'en science (et tout ce qui touche à la sociologie, ethnologie… entre dans la cathégorie des sciences humaines), on ne peut répondre à un énoncé qu'à la condition expresse qu'il soit clair et sans ambiguïté possible.
Je suis donc allée un peu farfouiller…

*
IDENTITÉ (source : Larousse)
Nom féminin, du latin idem (le même).

- Ce qui fait qu'une chose est de même nature qu'une autre.
[Un humain est donc par essence - je pense - de même nature qu'un autre humain. Il n'est cependant pas exactement le même, sinon il ne serait pas un humain, mais un clone -> débat inutile]

- Ensemble de circonstances qui font qu'une personne est bien telle personne déterminée : vérifier l'identité de quelqu'un ; une pièce d'identitité.
[Tu as ta carte d'identité ou tu ne l'as pas, au pire on fera une analyse ADN -> débat inutile]

- Math. Égalité (qui se note =) dont les deux membres prennent des valeurs numériques égales pour tout système de valeurs attribuées aux lettres. (L'identité diffère de l'équation, qui n'est vérifiée que pour certaines valeurs attribuées aux lettres.)
[Là, ça devient intéressant, parce que la bonne question me semblerait donc plus une question d'équation que d'identité. En effet, Paul n'est pas égal à Pierre, mais Paul = Pierre + x - y. -> “Qu'est-ce que l'équation nationale” ? En voilà une belle question qu'elle me plaît !!!]

- Carte d'identité : pièce officielle, comportant photographie et empreintes digitales.
[Cf. ci-desssus]

- Identité judiciaire : service ayant pour objet de classer le signalement anthropomorphique des personnes mises en état d'arrestation.
[Le débat pourrait être ouvert, mais seulement pour les personnes en état d'arrestation -> N'entrerait-on pas là dans une discrimination ? Je m'y refuse.]

- Plaque d'identité : plaque métallique portée en opérations par les militaires.
[Je laisse les militaires cogiter sur la question, n'étant pas militaire moi-même.]

- Principe d'identité : principe fondamental de la logique traditionnelle, selon lequel “une chose est identique à elle-même” (” a est a”).
[Pour un être humain, il me semble que la réponse est simple : je suis moi, donc moi = moi -> débat clos, sauf pour les schizophrènes, et encore : (moi + moi + moi…) = (moi + moi + moi…)]

*
Alors après, j'ai pensé à un autre terme :

IDENTIFICATION (source : Vocabulaire de la psychanalyse, de Laplanche et Pontalis)
Processus psychologique par lequel un sujet assimile un aspect, une propriété, un attribut de l'autre et se transforme, totalement ou partiellement, sur le modèle de celui-ci. La personnalité se constitue et se différencie par une série d'identifications…
[On serait déjà plus dans le vrai cœur du sujet. Mais là, ça se complique drôlement, n'est-ce pas ? Car après tout, est-ce qu'un Ch'ti n'a pas quelques valeurs communes avec son voisin Belges, un Lorrain avec un Allemand, un Pyrénéen (pas le chocolat hein) avec un Espagnol, un Alpin avec un Italien ou un Suisse, un Breton avec un… dauphin ?… Et puis, il y a les mélanges ! Imagine : ton père est Ch'ti et ta mère méditerranéenne… pfff…
De plus, il est bien dit “un sujet assimile… et se transforme totalement ou partiellement“. Ça laisse donc des milliards de possibles. Quelle belle richesse humaine ! Vive les équations qui ouvrent les portes des variables !]

Il ne semble pas qu'il y ait une plus grande finalité dans la variabilité
des êtres organisés et dans l'action de la sélection naturelle
que dans la direction d'où souffle le vent.
(Extrait de L'autobiographie, Charles Darwin).

*
Un dernier mot peut-être…

IDÉOLOGIE (source : Vocabulaire pour la dissertation, Larousse)
Ensemble de croyances partagées par une société, une clase sociale, un parti politique, etc. (…) De nos jours, le sens s'est encore élargi : on entend par idéologie tout système d'idées qui cherche à exliquer le monde, à faire entrer ses différentes composantes dans un système de pensées.

[Le problème est que ce mot est chargé de réminiscences pas bien jolies-jolies. Est-ce pour cela qu'il n'a pas été utilisé ? Pour ne pas effrayer le chaland ? C'est pourtant de cela, me semble-t-il qu'il s'agit. À moins bien sûr, que la question soit plus “Qui a droit à l'identité nationale ?” plutôt que “Qu'est-ce que l'identité nationale ?”]

Une petite citation pour finir :
Tandis que les idéologies sont des ferments de discorde qui conduisent facilement à l'hostilité intransigeante, l'Art invite à la fraternisation, non en masquand les contrastes, mais en les dépassant (J.E. Muller, La Fin de la peinture)

Mais qu'est-ce que l'Art, mes frères ???



Renoncer
30 octobre, 2009, 16:14
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SérénitéAprès la rage vint le renoncement
Renoncer à vivre pour survivre dit-elle
Renoncer à survivre pour vivre dit-il

Desserre l'étreinte
Relâche les doigts
Le souffle revient
Les odeurs les couleurs
Des vagues déferlantes d'air pur

Desserre un peu l'étreinte
Ecarte un peu les bras
Les muscles frémissent
Les gestes se dessinent
Troublants frissons

Desserre encor l'étreinte
Juste entrouvre les lèvres
Le verbe glisse
Fais connaissance
Je me délie






Il semble…
28 octobre, 2009, 0:10
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Il sembleMon regard est resté figé sur la petite place
À attendre de croiser le tien
Mais tu es parti sans te retourner
Et je gis pour toujours au bord de la fenêtre

Des clients rient sur la terrasse
Et la fontaine chantonne tristement
Elle m'emporte où je ne veux aller

Je me tiens là, debout
Sur ce rocher au bout du monde
Au bord de la falaise
Les bras écartés
Paumes vers le ciel
Tête en arrière
Yeux aveuglés

Il suffirait d'un rien
Un souffle d'air
Un sursaut un vertige
Le monde basculerait
Terre au-dessus ciel au-dessous

Tu en serais tout perturbé
Il t'en faut peu
C'est ce que je me dis
Il t'en faut si peu
Et moi je n'y peux rien
Je me tiens là debout
Je ne sais rien faire d'autre
Semble-t-il…



Souffrance au travail, enjeu de société
22 octobre, 2009, 18:12
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Lundi 26 octobre 2009 dès 20h35
Mercredi 28 octobre 2009 dès 23h00

Soirée spéciale “Souffrance au travail” sur France 3
(attention : cliquez sur les boutons “La destruction”, “L'aliénation” et “La dépossession” pour faire défiler toutes les vidéos à disposition en dessous.)
Avec notamment des interviews de Marie Pezé, auteur de “Ils ne mouraient pas tous mais tous étaient touchés”.

Autre vidéo intéressante : interview de Maul Moreira, auteur de “Travailler à en mourir” :



Est-ce que ça se voit ?
19 octobre, 2009, 22:22
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PortraitUn jour le monde s'est vidé
Et mon sourire s'est éteint
Soudain un monde gris, froid
Désert

J'erre dans les couloirs
Et je croise la lune
Celle qui me tient en vie
Étrangement

La nuit
Rouler la nuit
La voiture pénètre l'obscurité
Elle frôle les platanes, enjambe le vide sous les ponts
En ville, les rues sont vides

Alors que le jour… le jour…
Est-ce que ça se voit, dis
Est-ce que ça se voit dans leur regard
S'ils sont vivants ou morts
Je les croise sur les trottoirs
Au ralenti
Scrute leurs pupilles
Espérant un signe, un contact
Mais rien à faire
Je reste aveugle
Je ne devine rien

Et ça me tord

Kyrie



Michael KENNA, photographe
18 octobre, 2009, 20:27
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Michael KENNA… Mystère. Voilà quelques temps que je regarde ses photos sur le site de Saint-Sulpice. Elles me font peur. Au début, je n'y ai pas trop prêté attention. À ma peur, je veux dire. Parce que les photos, elles, sont splendides. Mais en ce moment, la peur m'interroge. Alors…

Alors, je me suis demandé pourquoi ses œuvres m'angoissaient autant. Je crois que j'ai deux pistes. D'abord, beaucoup de contre-plongées : ça me colle le vertige. Mais ce n'est pas suffisant… Ce qu'il y a surtout, c'est sa drôle de façon de faire un fabuleux contraste entre les constructions humaines assez strictes, très verticales, monolithiques ou… je ne sais pas… voyez par vous-même. Et le vide. C'est ça qui me fout la trouille : ce vide, la vacuité, bien réelle, elle. Il la donne à voir de manière incroyable. D'ailleurs, il photographie rarement les gens. Je suis profondément admirative de son travail tout autant que mal à l'aise. Bel artiste !!!

Michael KENNA

 



Clandestin
17 octobre, 2009, 16:50
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ClandestinRetiens ton souffle, ami, en survolant l'opulence des charniers et les coups de baton assénés à la fraternité. Au hasard de l'errance tu découvres une porte. Plein d'espoir tu la pousses et en passes le seuil. Je connais l'horizon de tes vastes prisons. Et au moindre sursaut l'eau des mers qui s'enfuit. Le rêve d'une autre vie t'emporte au pied des barbelés, sous les sifflements des balles ou les coups de matraque.

Tu sors de ton enfer pour entrer dans un autre, certes mieux décoré mais tout aussi teigneux. Car la terreur n'attend que de s'abattre partout sur cette terre. Si tu n'as pas le sou, n'espère rien de rien. Ni plus et même moins qu'un pauvre chien galeux. On n'abat pas les murs en enfonçant des portes. Elles ouvrent seulement sur les cadavres de nos illusions.

Pour vivre en homme libre, il te faudra te battre. Et encore pas tout seul, pauvre marionnette gesticulant au centre de la place. Il te faudra convaincre, d'autres, derrière d'autres portes.
Pas plus de pays riches que de pays pauvres. Uniquement des femmes, des hommes, des enfants. Croûlant sous la fortune ou bien mourant de faim. Et tous les cois béats. Et tous les cois béats.



Ça peut plus durer
17 octobre, 2009, 15:08
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Ce soir, faut que j'me couche tôt, parce que… ça peut plus durer !

Vidéo réalisée par Pierrick Sorin et lamentablement piquée à Saint-Sulpice, mais il me pardonnera, c'est un saint. Pour plus de détails sur le gus Sorin, cliquez là (vu que The Saint a fait tout l'boulot, je vais pas me fatiguer hein !).

“Tristesse du réveil. Il s'agit de redescendre, de s'humilier. L'homme retrouve sa défaite : le quotidien.” [Henri Michaux, Plume]

Douleur au réveil [Pontalis, in Fenêtres]

Il me parle de ce qu'il appelle sa dépression “matutinale”. ”C'est un passage difficile, le passage d'un monde à l'autre, et ces deux mondes s'opposent, je ne suis pas encore sorti du premier et je suis contraint, oui, contraint, de trouver ma place dans le second. Alors, ça ne dure pas très longtemps, peut-être un quart d'heure pas plus, mais vous n'imaginez pas à quel point c'est pénible d'être comme ça entre deux mondes, ni dans l'un, ni dans l'autre.”

J'imagine très bien car je séjourne aussi dans ce “no man's land”, je connais aussi cet état “limbique”. J'envie (non je ne les envie pas vraiment) ceux qui, à peine sortis du lit, prennent pied fermement sur le dsol comme si de rien n'était, comme si leurs rêves de la nuit ne laissaient pas la moindre trace en eux, n'avaient pas le moindre effet sur eux.

L'homme qui me parle, cet homme en qui je me reconnais, ne garde pas de souvenir de ses rêves. Pourtant, privés de leur contenu, ils demeurent en lui : “Je ne parviens pas à en émerger, j'ignore ce que j'ai rêvé ; peut-être, si je pouvais me saisir d'un épisode, ne fût-ce que de quelques images, peut-être alors le passage me serait-il facilité. Mais là, c'est un arrachement. Je dois me séparer brutalement du monde nocturne, de ce monde où j'ai senti, vécu plus d'événements que nulle part ailleurs, où j'ai été extraordinairement actif, où j'ai été plus éveillé qu'on ne l'est jamais dans ce qu'on nomme l'état de veille. Tout ce qui m'est extérieur, quand je suis coupé de ce monde-là, m'est hostile ou bien c'est moi qui prends en haine le dehors dans lequel, sans transition, je suis soudain projeté.” Et il ajoute : “Ça doit être ça, naître : une expulsion.”

Je me dis que cet homme qui, dans sa vie quotidienne, n'a rien d'un “rêveur” a la chance de séjourner, ne serait-ce que pour un court laps de temps, dans les limbes. Il me conforte dans l'idée que celui qui est de plain-pied dans le monde qu'il tient pour seul réel est un homme appauvri, à jamais séparé des sources de la vie.

Si je ne me lasse pas de la psychanalyse, c'est qu'elle est, à sa manière, un long séjour dans les limbes, dans ce royaume intermédiaire, un royaume sans roi.

Comment se fausser compagnie [Pontalis, in Fenêtres]

Retrouvé sur une feuille de papier ceci, prélevé dans quelque revue (pas noté la référence) : “Elle ne comprend pas que disparaître lui soit impossible. Elle comprend d'autant moins que tous les gens qu'elle connaît ont le pouvoir d'apparaître en s'approchant d'elle et de disparaître très facilement dès qu'ils sont absents. Elle seule n'arrive pas à disparaître. Où qu'elle soit, elle est toujours avec elle-même, ce qui la désespère et la décourage à un point que personne ne peut imaginer.”

Lassitude de se retrouver chaque matin le même alors qu'au cours de notre traversée nocturne, nous avons revêtu mille formes, connu mille aventures, eu tous les âges, fait apparaître nos disparus et nos morts. Ce temps intermédiaire entre la lumière de la nuit et celle, si réduite, du jour, ce temps va s'effacer où je ne sais plus qui ne suis ; voici que face au miroir, alors que je m'étais perdu de vue, je suis brutalement ramené à moi-même : “C'est toi, mon bonhomme. C'était toi hier, ce sera toi demain.” Qui dont a prétendu que le stade du miroir était jubilatoire ! Le miroir est ironique. Sans amour, sans pitié.

L'analyse, le rêve, l'écriture : moyen de se fausser compagnie. L'analyse, comment cela ? On n'y parle que de soi ! Erreur : le moi-je vole en éclat.

L'analyse, le rêve, l'écriture : trois mouvements actifs qui me déprennent du moi-même. Le moi s'y perd, le je s'y trouve (tant pis pour l'emphase de la formule !).



L’Homme droit
16 octobre, 2009, 13:57
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Homme droitTu dis que l’homme droit n’a peur de rien
Mais vois comme il tremble de tout
De tout temps et chaque jour
Du premier cri au dernier souffle
Il reste nu, gelé, au milieu de son luxe

Tu dis que l’homme droit n’a peur de rien
Mais regarde comme il attaque
Toujours plus faible que lui
Pour encore et toujours
Se prouver sa puissance

Tu dis que l’homme droit n’a peur de rien
Alors pourquoi tous ces évitements
Ces yeux qui se ferment
Ces regards qui se baissent
Qui fuient, qui se détournent

Je sais que l’homme droit a peur de tout
Cela a été de tout temps
Qui serions-nous
Sans ce cœur fébrile qui nous guide aussi mal
Sans lui, pourrions-nous vivre

Un jour, l’homme droit rampera
Enfin serein au ras du sol
Puisant la force de la Terre
Celle qui lui a donné naissance
Et dissimulera sa fin

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Jardin secret [Frandol]
12 octobre, 2009, 21:11
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Forêt secrète Jardin secret, Frandol 

Tu t'es cachée dans ton jardin secret
J'entends pousser des plaintes carnivores
Tu as regagné ta jungle sacrée
Les vieux songes hurleurs s'entre-dévorent

Dans ton jardin secret, terre impénétrable
Jardin secret, terrain vague… à l'âme

La serre invisible s'est refermée
Je reste interdit, je ne peux pas te rejoindre
Impossible de s'y insinuer
J'attends aux aguets à l'entrée de la jungle

Jardin secret, terre impénétrable
Jardin secret, terrain vague… à l'âme

Tu disparais parmi les herbes folles
Je prends racine tandis que tu t'étioles

Tu t'es cachée dans ton jardin secret
J'entends pousser des plaintes carnivores
Tu as rejoint ta jungle sacrée
Les vieux songes hurleurs s'entre-dévorent

Dans ton jardin secret,
Jardin secret, terre impénétrable
Dans ton jardin secret
Jardin secret, terrain vague… à l'âme.

[Frandol, album Oulipop, 2002]



Peux pas…
3 octobre, 2009, 17:59
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Difficile de se transformer en meurtrière de sang froid. En fait, je n'y arrive pas. Impossible de tuer Lucaerne. Je l'aime trop. Si un jour on m'avait dit ça !!! Hier je dînais avec des amies : ”Lulu”, ”Luca”… Ces mots me sont doux. Alors pourquoi me priver de douceur ? Pourquoi me punir encore ?  Je devrais pourtant en avoir marre. Ça suffit ! Vive la douceur !!!

Lucaerne va donc vivre. Elle va continuer à écrire. Beaucoup moins, bien sûr. Il faut quand même que désormais je privilège la vie. Et que ce soit moi qui mène les mots, et non l'inverse.

Les Fourmis, en revanche, s'arrêtent bien là. Une idée d'édition, peut-être… Lucaerne verra bien.

Défoule-moi

La Passante

La Passante



Tu n’es, je ne suis
2 octobre, 2009, 17:13
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Maria Amaral, AmerTe souviens-tu du mot qui griffe ?
Me voilà estafilée
Je m'éloigne rapetisse,
Ta main approche mon bras
Mais ma peau se dissout
Ta voix m'envolute
Mais l'acouphène souffle
Tu enlaces mon cœur
Mais mon cœur est absent
Ils me l'ont arraché
Ou
Peut-être était-ce moi
Et je l'ai dévoré

Tu n'es pas mon ennemi
Alors qui es-tu ?
Je ne suis pas mon ennemie
Alors qui suis-je ?
*
Illustration : Amer, © Maria Amaral



Bye…
30 septembre, 2009, 0:01
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Je me nourris de tout. Chaque instant de vie, chaque conversation, chaque scène de film, chaque passage de livre, chaque morceau de musique… porte pour moi une signification particulière et d'une profondeur terrifiante.

Je me nourris de tout. Boulimique. Et mon esprit arrive à saturation.

Il faut que j'arrête d'écrire. Que je laisse les mots et les idées me traverser sans les retenir. Je ne peux pas tout garder.

Voilà mon renoncement ! Je ne peux pas tout garder. Je ne suis qu'un être humain.

Je ne peux pas tout garder. Lucaerne doit mourir pour laisser vivre Laurence.

Lucaerne

BYE SISTER



L’Armée du crime
27 septembre, 2009, 12:33
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L'affiche rougeJe suis allée voir l'Armée du crime. Forcément. Outre que c'est un Guédiguian, outre que cette époque me fascine, non pas comme une fascination morbide, non, mais comme une fascination existentielle devant une question qui restera probablement pour toujours sans réponse : COMMENT ?

Mais bon, le film. Bien sûr Guédiguian ne répond pas à LA question. Ce n'est d'ailleurs même pas son propos. Non, lui, en parfait Guédiguian qu'il est (et merci d'être ce qu'il est), il s'attache aux femmes et aux hommes. Tous différents, tous obéissants à des motivations différentes, des foncièrement politiques, des jeunes chiens fous, des qui n'envisagent même pas avoir le choix de ne rien faire… Et les autres… Et les autres… Il construit une humanité toute entière. Face à n'importe quelle tragédie, chaque époque terrible, on retrouvera la même humanité. Un microcosme qui figure tout macrocosme. L'Affiche Rouge.

Et puis… et puis… il y a cette scène. LA scène. Rien que pour ce moment insoutenable, ce film ne peut pas se rater.

Missak Manouchian, le poète. Poète d'abord. Manouchian qui, au départ, refuse de porter une arme et de donner la mort. Et puis… et puis… il finit pas envoyer une grenade sur une patrouille allemande. Puis il revient sur ses pas. Il voit - regarde - ce qu'il a fait, le terrible résultat. Parce que ces allemands, avant d'être ses ennemis, étaient des hommes. Et sur la musique de Bach, s'il vous plaît :

Aie pitié de moi
Mon dieu, au nom de mes larmes
Vois
Mon coeur et mes yeux pleurent
Amèrement devant toi
Aie pitié de moi
Mon dieu, au nom de mes larmes

Vingt et trois, Léo Ferré

Vous n'avez réclamé ni la gloire ni les larmes
Ni l'orgue ni la prière aux agonisants
Onze ans déjà que cela passe vite onze ans
Vous vous étiez servis simplement de vos armes
La mort n'éblouit pas les yeux des Partisans

Vous aviez vos portraits sur les murs de nos villes
Noirs de barbe et de nuit hirsutes menaçants
L'affiche qui semblait une tache de sang
Parce qu'à prononcer vos noms sont difficiles
Y cherchait un effet de peur sur les passants

Nul ne semblait vous voir Français de préférence
Les gens allaient sans yeux pour vous le jour durant
Mais à l'heure du couvre-feu des doigts errants
Avaient écrit sous vos photos MORTS POUR LA FRANCE
Et les mornes matins en étaient différents

Tout avait la couleur uniforme du givre
A la fin février pour vos derniers moments
Et c'est alors que l'un de vous dit calmement
Bonheur à tous Bonheur à ceux qui vont survivre
Je meurs sans haine en moi pour le peuple allemand

Adieu la peine et le plaisir Adieu les roses
Adieu la vie adieu la lumière et le vent
Marie-toi sois heureuse et pense à moi souvent
Toi qui vas demeurer dans la beauté des choses
Quand tout sera fini plus tard en Erevan

Un grand soleil d'hiver éclaire la colline
Que la nature est belle et que le c?ur me fend
La justice viendra sur nos pas triomphants
Ma Mélinée ô mon amour mon orpheline
Et je te dis de vivre et d'avoir un enfant

Ils étaient vingt et trois quand les fusils fleurirent
Vingt et trois qui donnaient le c?ur avant le temps
Vingt et trois étrangers et nos frères pourtant
Vingt et trois amoureux de vivre à en mourir
Vingt et trois qui criaient la France en s'abattant

~

Et la dernière lettre, écrite à son amour, Mélinée, et qui dit si bien l'homme

21 février 1944, Fresne

Ma chère Mélinée, ma petite orpheline bien aimée. Dans quelques heures je ne serai plus de ce monde. On va être fusillé cet après midi à 15 heures. Cela m'arrive comme un accident dans ma vie, je n'y crois pas, mais pourtant, je sais que je ne te verrai plus jamais. Que puis-je t'écrire, tout est confus en moi et bien clair en même temps. Je m'étais engagé dans l'armée de la Libération en soldat volontaire et je meurs à deux doigts de la victoire et de but. Bonheur ! À ceux qui vont nous survivre et goûter la douceur de la liberté et de la Paix de demain. Je suis sûr que le peuple français et tous les combattants de la Liberté sauront honorer notre mémoire dignement. Au moment de mourir je proclame que je n'ai aucune haine contre le peuple allemand et contre qui que ce soit. Chacun aura ce qu'il méritera comme châtiment et comme récompense. Le peuple Allemand et tous les autres peuples vivront en paix et en fraternité après la guerre qui ne durera plus longtemps. Bonheur ! À tous ! 
J'ai un regret profond de ne t'avoir pas rendu heureuse. J'aurais bien voulu avoir un enfant de toi comme tu le voulais toujours. Je te prie donc de te marier après la guerre sans faute et avoir un enfant pour mon honneur et pour accomplir ma dernière volonté. Marie-toi avec quelqu'un qui puisse te rendre heureuse. Tous mes biens et toutes mes affaires, je les lègue à toi et à ta sœur et pour mes neveux. Après la guerre, tu pourras faire valoir ton droit de pension de guerre en temps que ma femme, car je meurs en soldat regulier de l'Armée française de la Libération. Avec l'aide des amis qui voudront bien m'honorer, tu feras éditer mes poèmes et mes écris qui valent d'être lus. Tu apporteras mes souvenirs, si possible, à mes parents en Arménie. Je mourrai avec mes 23 camarades tout à l'heure avec le courage et la serénité d'un homme qui a la conscience bien tranquille, car personnellement, je n'ai fais mal à personne et si je l'ai fais, je l'ai fais sans haine.
Aujourd'hui il y a du soleil. C'est en regardant le soleil et la belle nature que j'ai tant aimé que je dirai Adieu ! À la vie et à vous tous, ma bien chère femme et mes bien chers amis. Je pardonne à tous ceux qui m'ont fait du mal ou qui ont voulu me faire du mal, sauf à celui qui nous a trahis pour racheter sa peau et ceux qui nous ont vendus. Je t'embrasse bien bien fort ainsi que ta sœur et tous les amis qui me connaissent de loin ou de près, je vous serre tous sur mon cœur. Adieu. Ton ami, ton camarade, ton mari Manouchian Michel (djanigt).

P.S. J'ai quinze mille francs dans la valise de la rue de Plaisance. Si tu peux les prendre, rends mes dettes et donne le reste à Armène. M.M.

Manouchian à Fresne



PUTAAAAAAAAAAAAAINNNN !!!
20 septembre, 2009, 10:15
Enregistré dans : Mes mots prosaïques

Fourmi

Pardons pour la grossièreté, mais je ne vois pas d'autre mot pour illustrer mon état. Alors tant pis pour les “oreilles” sensibles. Je ne voulais plus écrire ce blog (Les foumis). Je n'en avais plus envie. Mais voilà… si je n'écris plus, les mots s'accumulent dans ma tête au point de m'en faire devenir folle. Alors… Alors on continue.

J'aurais pu changer de titre, un nouveau blog, un autre animal. J'y ai réfléchi. Et puis… pour quoi faire ? On dira qu'on appellera ça “Les fourmis 2″. C'est à la mode, les suites…

Tiens… je vais changer de couleur de texte…