Juste une goutte

J'ai balayé le ciel d'un battement de cils
Et pourtant
Les arbres se balancent
Sous mes paupières closes
En ombres chinoises mouchetées
De flammèches mouvantes
Les souvenirs lèchent mes heures
Je pèse mes mots mais que ces mots me pèsent
Sais-tu ce qu'est une âme
Tu tiens la mienne au creux de ta main
Mais elle fond comme neige au soleil
Je m'évapore
Nous étions assis sur le souffle du vent
Plumes errantes, poussières en dérive
Âmes conscientes glissant sur l'absurde
L'aléatoire
Les aléas de nos histoires
Entremêlées
Tu retournes ta main je chute
Tant de légèreté, que faire
Et pourtant
Le cœur si lourd, défaire
Dénouer les liens
Lâcher du lest
Oui mais
L'aspiration du néant
Respire
La force d'attraction veille
Muriel Barbery, L’élégance du hérisson

Je sors d'un livre friandise. Une amie me l'avait prêté, mais comme je voulais voir le film d'abord (je n'aime pas faire l'inverse), je ne l'avais pas encore lu. Voilà qui est chose faite. Un bonheur, un grand souffle d'air. Et si je dois dire que, ce qui est rare, le film s'en tire plutôt bien, il est un peu gâché par l'adaptation de la fin, que j'avais trouvée un peu bâclé au ciné, alors qu'elle est très belle dans le livre. Comme ce dernier regorge de phrases et de passages d'une pure gourmandise, j'ai abandonné l'idée d'en choisir des extraits et poste plutôt une de ses scènes qui me paraît très représentative de l'œuvre.
Résumé :
Je m'appelle Renée, j'ai cinquante-quatre ans et je suis la concierge du 7 rue de Grenelle, un immeuble bourgeois. Je suis veuve, petite, laide, grassouillette, j'ai des oignons aux pieds et, à en croire certains matins auto-incommodants, une haleine de mammouth. Mais surtout, je suis si conforme à l'image que l'on se fait des concierges qu'il ne viendrait à l'idée de personne que je suis plus lettrée que tous ces riches suffisants.
Je m'appelle Paloma, j'ai douze ans, j'habite au 7 rue de Grenelle dans un appartement de riches. Mais depuis très longtemps, je sais que la destination finale, c'est le bocal à poissons, la vacuité et l'ineptie de l'existence adulte. Comment est-ce que je le sais ? Il se trouve que je suis très intelligente. Exceptionnellement intelligente, même. C'est pour ça que j'ai pris ma décision : à la fin de cette année scolaire, le jour de mes treize ans, je me suiciderai.
Extrait du Journal du mouvement du monde de Paloma
Bref, voilà maman qui extirpe péniblement d'un portant un mini-soutien-gorge floral qui lui semble à sa taille et qui attrape la culotte assortie, trois étages plus bas. Elle tire dessus avec conviction mais, soudain, fronce les sourcils : c'est qu'à l'autre bout de la culotte, il y a une autre dame, qui tire aussi dessus et qui fronce aussi les sourcils. Elles se regardent, regardent le portant, font le constat quel a culotte est la dernière rescapée d'une longue matinée de soldes et se préparent à la bataille tout en se décochant mutuellement une banane d'enfer.
Et voilà les prémices du mouvement intéressant : une culotte à cent trente euros, ça ne mesure quand même que quelques centimètres de dentelle ultrafine. Il faut donc sourire à l'autre, tenir bon la culotte, la tirer à soi mais sans la déchirer. Je vous le dis tout net : si, dans notre univers, les lois de la physique sont constantes, ce n'est pas possible. Après quelques secondes de tentative infructueuse, ces dames disent amen à Newton mais ne renoncent pas. Il faut donc poursuivre la guerre par d'autres moyens, c'est-à-dire la diplomatie (une des citations préférées de papa). Ça donne le mouvement intéressant suivant : il faut faire mine d'ignorer qu'on tire fermement la culotte et faire semblant de la demandes courtoisement avec des mots. Donc voici maman et la dame qui tout d'un coup n'ont plus de main droite, celle qui tient la culotte. C'est comme si elle n'existait pas, comme si la dame et maman discutaient tranquillement d'une culotte toujours sur le portant, que personne n'essaie de s'approprier par la force. Où est-elle, la main droite ? Ffuit ! Envolée ! Disparue ! Place à la diplomatie !
Comme tout le monde le sait, la diplomatie échoue toujours quand le rapport de force est équilibré. On n'a jamais vu un plus fort accepter les propositions diplomatiques de l'autre. Du coup, les pourparlers qui ont commencé à l'unisson par un : ”Ah, mais je crois que j'ai été plus rapide que vous, chère madame” n'aboutissent pas à grand-chose. Quand j'arrive à côté de maman, nous en sommes à : ”Je ne lâcherai pas” et on peut facilement croire les deux belligérantes.
Évidemment, maman a perdu : quand je suis arrivée à côté d'elle, est s'est souvenue qu'elle était une mère de famille respectable et qu'il ne lui était pas possible, sans perdre toute dignité devant moi, d'envoyer sa main gauche dans la figure de l'autre. Elle a donc retrouvé l'usage de sa main droite et elle a lâché la culotte. Résultat des courses : l'une est repartie avec la culotte, l'autre avec le soutien-gorge. Maman était d'humeur massacrante au dîner. Quand papa a demandé ce qui se passait, elle a répondu : ”Toi qui es député, tu devrais être plus attentif au délitement des mentalités et de la civilité.”
Mais revenons au mouvement intéressant : deux dames en pleine santé mentale qui tout d'un coup ne connaissent plus une partie de leur corps. Ça donne quelque chose de très étrange à voir : comme s'il y avait une rupture dans le réel, un trou noir qui s'ouvre dans l'espace-temps, comme dans un vrai roman de SF. Un mouvement négatif, un genre de geste en creux, quoi.
Et je me suis dit : si on peut faire mine d'ignorer qu'on a une main droite, qu'est-ce qu'on peut faire mine d'ignorer d'autre ? Est-ce qu'on peut avoir un cœur négatif, une âme en creux ?
Siri Hustvedt, Tout ce que j’aimais
Un livre envoûtant, des personnages ciselés par une orfèvre, un style qui emporte dans une lecture sans étape et une très intéressante réflexion sur l'art et l'humanité.
Le mot de l'éditeur :
Au milieu des années 1970, à New York, deux couples d'artistes ont partagé les rêves de liberté de l'époque, ils ont fait de l'art et de la création le ciment d'une amitié qu'ils voulaient éternelle et, quand ils ont fondé leur famille, se sont installés dans des appartements voisins. Rien n'a pu les préparer aux coups du destin qui vont les frapper et infléchir radicalement le cours de leurs vies - de la disparition tragique du fils unique de l'un des couples au dérapage dans le milieu des toxicomanes du fils de l'autre, bientôt impliqué dans un meurtre épouvantable…
Siri Hustvedt convie ici à un voyage à travers les régions inquiétantes de l'âme : bouleversant, ambigu, vertigineux, Tout ce que j'aimais est le roman d'une génération coupable d'innocence qui se retrouve, vingt ans plus tard, au bout de son beau rêve.
Siri Hustvedt est une écrivaine américaine née en 1955 aux États-Unis
parents immigrés norvégiens. Poétesse, essayiste et romancière reconnue, elle est diplômée en Littérature Anglaise. Le 23 février 1981, elle se rend à une séance de lecture de poésie, à laquelle assiste aussi Paul Auster. Le coup de foudre est réciproque, elle épousera l'écrivain l'année suivante.
Ses œuvres sont traduites dans seize langues à ce jour. En France les écrits de Siri Hustvedt sont traduits par Christine Le Bœuf et publiés chez Actes Sud.
Morceaux choisis :
“Être vivant est inexplicable. La conscience elle-même est inexplicable. Il n'y a rien d'ordinaire en ce monde. Il y avait des après-midi de drame - le drame de Bill - dont je ne me lassais jamais car quand je me sentais près de lui je sentais sa masse. Cet homme était lourd de vie. Si souvent, c'est la légèreté que nous admirons. Ces gens qui paraissent sans poids, sans fardeau, qui voltigent au lieu de marcher, nous attirent comme un défi à la gravité ordinaire. Leur insouciance singe le bonheur, mais il n‘y avait rien de tel chez Bill. Il avait toujours été un roc, massif et pesant, chargé intérieurement de force magnétique. Je me sentais plus que jamais attiré par lui. Parce qu'il souffrait, j'avais abandonné mes défenses et mon envie.”
“La difficulté de bien voir m'a hanté longtemps avant que ma vue ne se dégrade, dans la vie autant qu'en art. C'est un problème de perspective - ainsi que Matt me l'avait fait remarquer ce soir-là dans sa chambre, en constatant que lorsque nous regardons des gens et des objets, nous sommes absents de notre tableau. Le spectateur est le vrai point de fuite, la piqûre d'épingle dans la toile, le zéro. Je ne suis entier à mes propres yeux que dans les miroirs (et encore, à l'envers), sur les photographies et dans de rares films d'amateurs, et j'ai souvent aspiré à fuir ces limites afin de me considérer de loin, du haut d'une montagne - un point “il” plutôt qu'un “je” voyageant dans la vallée d'un point à un autre. Et pourtant, le recul non plus ne garantit pas l'exactitude, même s'il la favorise. (…) La vérité était mouvante et contradictoire, et j'étais prêt à vivre ainsi.”
“Je compris qu'à un titre ou un autre, TG et MW étaient fous - exemples d'indifférence que beaucoup considèrent comme monstrueuse et contraire à la nature - mais qu'en réalité ils n'étaient pas des cas uniques et que l'on pouvait reconnaître ce que leurs agissements avaient d'humain. L'assimilation de l'horreur a l'inhumain m'a toujours paru commode mais fausse, ne serait-ce que parce que je suis né dans un siècle qui aurait dû à jamais infirmer ce discours. Pour moi, la lampe* ne devint pas la manifestation de l'inhumain mais du trop humain : la défaillance ou la rupture qui se produit chez certains individus quand l'empathie a disparu, quand les autres ne font plus partie de nous mais sont transformés en objets.”
(* Un des personnages a tranquillement acheté une lampe après avoir commis un meurtre.)
Chanson de l’arbre

Aquarelle / encre
d'après la “Chanson de l'Arbre”, Autour de Lucie
Chanson de l'Arbre_Autour de Lucie
Enfoncé dans le sol,
je suis à la même place,
l'endroit où tu m'as planté.
Depuis des feuilles ont poussé
au bout des mains.
J'ai vu tomber
quarante années de pluie,
passer des armées en guerre.
J'ai mangé de la terre
mais je n'ai pas bougé.
J'ai des joies simples,
des joies d'arbre.
Tu baisses les yeux quand tu passes.
Maintenant j'ai de l'écorce,
celle qui m'a fait défaut,
celle qui m'a tant fait défaut.
Mais surtout maintenant
j'ai le temps
J'ai des joies simples,
des joies d'arbre.
Tu baisses les yeux quand tu passes.
Tu baisses les yeux quand tu passes…
Stephen King, Histoire de Lisey
Comment expliquer le toufu voyage que je viens de faire ? J'ai longtemps pensé que Stephen KING était un réalisateur de films d'horreur et un écrivain de livres du même genre. Heureusement, une amie m'en a fait un tel éloge que j'ai fini par lire Histoire de Lisey. Et voilà que je découvre un incroyable auteur. Le style est brillant, original, inventif.
Le livre est un gros pavé comme je les aime. Comme nombre d'auteurs américains, King excelle dans l'évocation psychologique des personnages sans en avoir l'air, souvent en creux. Et ces personnages sont riches, complexes, ambigus, âpres… passionnants !
Mais en plus il y a cette dimension onirique, irréelle. Pas forcément d'horreur, peut-être quelquefois, il faudra que j'en lise d'autres et je compte bien le faire. King entremêle la normalité et l'a-normalité. L'a-normalité non comme quelque chose d'anormal, mais bien comme a-normal, comme a-côté. Des mondes différents qui se côtoient sans le savoir mais entre lesquels existent des passages secrets. On peut ainsi y lire de très belles allégories tout au long de sa lecture, et de plus en plus au fur et à mesure qu'on s'enfonce dans le texte. La mémoire, le refoulement l'inconscient, la création, la folie… Mais je ne peux en dire plus sans ouvrir le rideau pourpre…
Alors, rendez-vous à Na'ya Lune.
Quatrième de couverture
Pendant vingt-cinq ans, Lisey a partagé les secrets et les angoisses de son mari. Romancier célèbre, Scott Landon était un homme extrêmement complexe et tourmenté. Il avait tenté de lui ouvrir la porte du lieu, à la fois terrifiant et salvateur, où il puisait son inspiration. À sa mort, désemparée, Lisey s'immerge dans les papiers laissés par Scott, s'enfonçant toujours plus loin dans les ténèbres qu'il fréquentait.
Histoire de Lisey est le roman le plus personnel et le plus puissant de Stephen King. Une histoire troublante, obsessionnelle, bouleversante, mais aussi une réflexion fascinante sur les sources de la création, la tentation de la folie et le langage secret de l'amour. Un chef d'œuvre.
~
Morceaux choisis
Comprendre est un concept largement surévalué, par contre personne ne reçoit jamais assez de sécurité.
Mais si chaque livre est une petite lumière dans cette obscurité - et je le crois, tartignol ou pas, je me dois de le croire, puisque j'écris ces maudits bouquins, pas vrai ? - alors chaque bibliothèque est un vieux et grandiose feu de joie toujours en train de flamber autour duquel dix mille personnes viennent se réchauffer tous les jours et toutes les nuits. (…) C'est ici que nous tenons tête à l'oubli et balançons un coup de pied à l'ignorance dans ses vieux cojones fripés.
Personne n'aime un clown à minuit.
Tout mariage a deux cœurs, l'un clair, l'autre obscur..
Tout est dans le passé mais rien n'est achevé.
C'était Dandy Dave qui disait parfois aux gens que tel truc ne valait rien, alors je l'ai largomuché. Scott avait adoré ça, disant que ça vous ôtait un poids de la langue d'une façon que des expressions comme je l'ai jeté ou même je l'ai fichu en l'air ne pourraient jamais égaler.
(…) certaines fois tout ce que tu peux faire c'est rentrer la tête dans les épaules et attendre que le vent tourne.
Elle pensait que si les ténèbres avaient aimé Scott, alors ç'avait été un vrai amour, non, car il les avait aimées aussi ; il avait dansé avec elles à travers la salle de bal des ans jusqu'à ce qu'elles finissent par l'emporter par leurs tournoiements.
Faut savoir chevaucher le dos du Diable quand c'est lui qui conduit.
Il n'y a pas de colère dans sa voix, mais elle pressent qu'il pourrait y en avoir un jour. A la longue. S'il ne trouve pas d'endroit où être en sécurité, un endroit à sa mesure. Et oui, elle pourrait être cette personne-là. Elle pourrait lui faire cette endroit-là. Il l'y aiderait. Dans une certaine mesure, ils avaient déjà commencé.
Parce que, vrai, pour une fois, elle avait peur. Une peur semblable à un long fil de laine jaune serpentant à travers la couverture rouge écarlate de sa colère.
Parfois, il l'appelle la mare-mythologique ; parfois la mare-aux-mots. Il prétend que chaque fois que vous traitez quelqu'un de joli cœur ou de mauvais cheval, vous buvez l'eau de la mare ou attrapez des têtards au bords ; que chaque fois que vous envoyez un enfant à la guerre et l'exposez au danger et à la mort parce que vous aimez le drapeau et avez enseigné à l'enfant à l'aimer aussi, vous nagez en plein au milieu de la mare… là où vous n'avez plus pied, et où les gros affamés aux dents acérés nagent aussi.
L'esprit harassé est la proie la plus facile pour l'obsession.
Tout ce qui peut empirer ne fait qu'empirer. (…) Tout ce qui peut le fait.
Les arguments contre la folie s'échouent dans un petit froissement doux.(…) car parfois c'est vrai, on entendait carrément les choses tomber à côté, non ? Elles chutaient, niveau après niveau, laissant un trou à travers lequel on pouvait regarder. Ou tomber soi-même, si on n'y prenait pas garde.
Il y a quantité de choses qu'on ne te dit pas sur la mort, avait-elle découvert, et l'une des plus importantes, c'est le temps que prennent les êtres qui tu aimes le plus pour mourir dans ton cœur. C'est un secret, pensa Lisey, et c'est tant mieux, car qui voudrait jamais s'attacher à un autre être en sachant comme c'est dur de lâcher prise ? Dans notre cœur ils meurent tout doucement, un petit peu à la fois, pas vrai ? Comme une plante qu'on oublie de demander à un voisin de passer arroser de temps en temps quand on part en voyage, et c'est tellement triste…
Il était une fois, avant qu'elle devienne si colérique extérieurement et si apeurée intérieurement.
Je me suis laissée
La barque dérive, modeste rescapée
Et ma main traîne encor au fil de l'eau passée
Elle effleure alanguie le tissu de soie bleue
Trace sans y penser un long fil sinueux
Mais mes doigts sont ouverts, le feu s'est échappé
Plus rien ne brûlera, j'ai tout abandonné,
Tout est resté là-bas, je me suis laissée loin
Sauf la marque des dents pour toujours sur mon poing
Ma frêle embarcation échoue sur le rivage
Descendue du radeau je cherche mon visage
Au miroir distordu de l'onde piquetée
Quand donc le ciel a-t-il commencé à pleurer
Et me voici figée, à peine à mi-chemin
Je gifle l'étendue du revers de la main
Le soir me cueille là, ruisselante et transie
Cherchant un avenir à genoux sous la pluie
*
Illustration : Olivier Mériel, Doris sur la falaise
Looking for Eric
Je viens de voir un film délicieux (en DVD… j'avoue…) : Looking for Eric. Ou quand la star du ballon rond sort de l'affiche, comme un génie de sa lampe, pour aider un homme au bout du rouleau. Bon d'accord, il est réalisé par Ken Loach, ce qui est déjà une garantie bien fiable. Mais notre Éric, quand même, il est fantastique !!! Et même en anglais, il parvient à avoir l'assenggg. Une belle histoire où se mêle une vraie émotion et de francs fous rires. Avec, of course, les aphorismes qui font tout le charme de Canto :
- Qui sème des chardons, récolte des épines.
- La plus noble des vengance est de pardonner.
- Celui qui ne lance jamais les dés, ne fera jamais un double six.
Ou sa réponse à la question “C’est quoi ton meilleur souvenir de match ?” : “C’était pas un but, c’était une passe.”
L'histoire :
Eric Bishop (Steve Evets), postier à Manchester, traverse une mauvaise passe. Sous son nez, ses deux beaux-fils excellent en petits trafics en tous genres, sa fille lui reproche de ne pas être à la hauteur, et sa vie sentimentale est un désert.
Malgré la joyeuse amitié et la bonne humeur de ses collègues postiers qui font tout pour lui redonner le sourire, rien n'y fait…
Un soir, Eric s'adresse à son idole qui, du poster sur le mur de sa chambre, semble l'observer d'un oeil malicieux. Que ferait à sa place le plus grand joueur de Manchester United ? Eric en est persuadé, le King Cantona peut l'aider à reprendre sa vie en mains.
*
Cinq petits doigts
Cinq petits doigts roses
Naïvement alanguis
Cinq petits boudins
Imaginant cinq doigts moins doux
Plus craquelés, plus secs
mais beaucoup plus instruits
Cinq petits doigts roses
Attendant juste
Attendant
Juste
Et grandissant
Seuls
~
Un cadeau de Carmen, que je remercie chaleureusement :
Cinq petits doigts roses…boudins (montrer la main gauche, en l'agitant doucement)
Imaginant cinq petits doigts moins doux (avec le dos de la main droite se caresser la joue)
Plus craquelés, plus secs (faire le geste de faire claquer ses doigts de la main droite en commençant par le petit doigt)
Mais… (lever l'index)… beaucoup plus instruits (avec l'index compter en touchant chaque bout de doigt de la main gauche)
Cinq petits doigts roses attendant juste (mouvement de la main gauche en avant, paume ouverte vers le ciel)
Attendant juste (même mouvement de la main droite qui semble faire un pas de plus que la main gauche)
et grandissant (mettre les mains l'une sur l'autre, puis faire passer dessus celle de dessous - plusieurs fois)
Seuls (écarter les mains dans un geste d'impuissance)
Nard de sang
À chaque entre-deux-eaux le cœur explose
mais je ne peux faire face à toutes leurs grimaces.
Alors j'y retourne. Toujours.
Comme boucler la boucle, boucher la bouche.
Boucle-là
J'ai appris très tôt à crier en silence
La fureur fut blanche,
le craquement terrible,
la main toute-puissante tailla dur dans les chairs.
Je savais déjà où menait ce chemin.
Oubli
Anesthésie
Étrange pressentiment ?
Dans le lieu où on peut parler-crier-hurler
j'ai découvert le nard.
Étrange coïncidence…
Est-ce que parfois je rêve d'autre chose ?
Est-ce que parfois je rêve ?
J'ai taillé dans les chairs,
ce n'était pas très beau.
Mais qu'est-ce qui est beau,
tu le sais toi ?
Les ronds ou les carrés, les pleins et les déliés,
la peau rose et lisse ou la chair en-dessous ?
Ou le sang qui s'écoule,
source de vie jusque dans la mort ?
Sauve-toi
et vis !
~
…
Titre inspiré de “Histoire de Lisey”, de Stephen King
Illustration : Paul Reyberolle, Conte rouge pour Paloma
Tu as gardé le gris du ciel avec toi
Assis sur une marche, la tête entre les mains
Rien ne revient, tout reste vide
Tu le sais pourtant qu'il existe ce monde
Tu voudrais retourner d'où tu viens
Souviens-toi
Ton sourire amusé
La tendresse des yeux
Les doigts entrelacés
Les airs virevoltant comme douces étoles
Le chat courant après le papillon
Le chien courant après le chat
L'enfant après le chien
Et toi après l'enfant
Souviens-toi-souviens-toi-souviens-toi
Aujourd'hui, l'horizon s'est noirci en syncopes ulcérées
Tu as gardé le gris du ciel avec toi
As laissé le soleil là-bas
Autant qu'il soit avec ceux qui s'en servent
Tu titubes comme un vieux chien galeux
Tu te retiens aux murs, buttes sur les trottoirs
Les gens te pensent soûl pourtant tu ne l'es pas
Et puis qu'importe
Tu gardes en cordelette la puissance des justes
*
Illustration : Vincent Van Gogh, Homme tenant sa tête entre ses mains.
*
La femme qui marche
À Monsieur Élie Kagan et à la femme qui marche.
Milieu de matinée. Son regard traverse la fenêtre. L'emporte là-bas, au-delà du terrain vague. Vague à l'âme. Ces bras enserrent son corps, lasses et frêles prisons. Plus loin, passées les vastes terres, l'étendue plate, bleue. Au-delà est son pays. Etait son pays. Aujourd'hui, c'est ici. Depuis que l'homme l'a emmenée. Là où elle a toujours peur, où elle comprend si mal les gestes, les us. Où elle ne sais jamais ce qu'elle doit faire ou pas. Certains jours, elle marche tranquillement avec son panier et quelqu'un crache à ses pieds. Alors qu'elle n'a rien fait, rien dit. Elle ne sait pas. Reste un moment immobile, debout, là. Regarde le crachat. Et puis repart. L'homme lui dit que ce n'est rien, une habitude d'européen. Bon.
Son souffle opacifie la vitre. Ses doigts dessinent, doux réflexe d'antan… Dessiner sur le sable. Des casbahs blanches, des oasis multicolores… Mais ici, le gris reprend toujours ses droits. Parfois, en resserrant ses mains, elle tient la planète entre ses mains. Observe, se questionne. Si elle soufflait, provoquerait-elle un vent de sable ? Une tempête ? Elle préfère ne pas essayer. Elle n'est pas superstitieuse, mais son imagination est puissante, elle le sait. Comment vivre sans cela ?
Elle se souvient là-bas. Jusqu'aux odeurs parfois qui la transportent furtivement. Avant que la rue et ses pots d'échappement reprennent leurs droits. Elle se souvient. Ses pensées flottent… Ses rires rejoignent les rangées de petites dents blanches, les fossettes malicieuses, les courses à se faire exploser le cœur. Il y avait aussi les moments où il fallait se taire, s'asseoir, écouter le sage. Il parlait, d'ailleurs, de là-bas, plusieurs là-bas. Mais rien qui ressemble à ici, ça elle s'en souvient bien.
Son père aussi un jour est parti vers la métropole. Pour le travail, pour que la famille vive. Il envoyait régulièrement de l'argent pour maman. Pour elle et ses sœurs et frères, il y avait la photo , attendue avec ferveur. Des villes, des monuments. Et puis, tout ce monde au même endroit, les voitures, les bus… !
Un jour, il n'a plus écrit. Une lettre est arrivée. Beau papier, bien cachetée, bien écrite. Les mots disaient que papa était mort. Motif inconnu. Peut-on vraiment mourir sans motif ? Etait-il malade ? A-t-il eu un accident ? Après, les rumeurs sont arrivées. De bagarres, d'émeutes, d'attaques de force de l'ordre… Et papa dans tout ça ? Impossible. Impensable. Il travaillait et il dormait. Sa vie se résumait à ses deux mots et ces envois réguliers. Et puis mort. Sans motif.
La vie au village est devenue vraiment dure. Elle était jeune, mais déjà assez âgée. Belle. Tout un futur brillait dans ses yeux. L'homme était plus vieux, beau, séduisant. Elle ne l'a pas choisi mais elle l'aime. Le soir, quand il rentre, il l'enserre de ses bras, mais ce ne sont pas des prisons, ses bras. Il l'embrasse tendrement dans le cou. Elle lit le respect dans ses yeux. Parfois aussi des ombres plus fugace. La lassitude, la vie…
Sur son père, elle en sait maintenant un peu plus. Dans ce nouveau pays, elle a appris à lire et à parler cette nouvelle langue. Et quand le premier enfant est né, elle a pris l'habitude de l'emmener à la bibliothèque. Pendant qu'il pataugeait parmi les rayons pour enfants, elle cherchait. Elle a trouvé beaucoup. Probablement trop. Des livrent décrivaient les bidonvilles, le couvre-feu au faciès, les ratonnades…
Et enfin, un jour, ceux qui citaient octobre 61. Écrivaient : « entre 32 et 325 morts ». Elle ne comprend pas trop la différence énorme entre ces deux chiffres. Mais au bout du compte, un mort est un mort. Toujours un de trop. Surtout quand l'un d'eux est probablement son père. Ils parlaient des milliers de Nord-Africains arrêtés et internés dans des conditions d'un autre âge, des stations de métro tombeaux, des corps dans la Seine. Ils disaient aussi que dans le parc, au matin, les arbres portaient les morts. Vincennes… Vincennes…
Depuis, d'autres enfants sont nés. Souvent, ils veulent aller jouer au parc. Mais elle refuse. Les enfants ne comprennent pas. L'homme ne comprend pas. Mais elle refuse obstinément. Elle sait que son père doit encore s'y trouver, mais dans quel état ? Quelle vision d'horreur pourrait bien l'attendre là-bas. Alors elle répète. Non. Inlassable non.
Le soir, ils mangent le repas qu'elle a préparé. Elle débarrasse. Il fera la vaisselle. Elle part travailler. Elle connaît le trajet par cœur, depuis le temps. RER, métro, marche. Retour par les premiers transports, juste avant que les enfants s'éveillent pour qu'elle s'occupe d'eux. Elle les aime, ce sont ses soleils. Pourtant, ce soir-là, elle ne s'arrête pas à la station de RER habituelle. Elle reste assise. Atteint le terminus. Descend. Puis elle prend son pas. Elle ignore où elle se trouve et même ce qu'elle fait. Elle va vers le soleil. Pas après pas. Tout a disparu autour d'elle. Ses yeux ne voient plus qu'un fin et long chemin devant. Sur sa route, elle croisera peut-être mon père, revenu mort vivant de la Guerre là-bas. Peut-être discuteront-ils un peu. Peut-être lui offrira-t-il de l'eau. Peut-être pas.
Elle est la femme qui marche.
*
Illustration : Lichtträger II, 2001, Zademack
Lame
Quand la nuit se fait noire la vie se réveille
Ombre plus rassurante que tous les soleils
Le soir, nous voici enfin rendus à nous-mêmes
Je te sens t'approcher, hèle ton regard blême
Silhouette invisible à qui ne sais pas voir
Ici, sans un bruit, finira mon histoire
Je sais depuis toujours que nous nous trouverons
Mon frère, mon jumeau, l'un vers l'autre marchons
Tu n'as pas oublié, tu as ce que j'attends
Au creux de ta paume j'aperçois la lueur
Nos joues font connaissance alors que je souris
Le métal me perce comme rien d'autre avant
Et je me liquéfie sur le pavé brillant
Tu reprends ton chemin, tu es beau quand tu ris
Dis… aurons-nous de beaux enfants ?
Débat du moment : “Qu’est-ce que l’identité nationale ?” bis
“(…) en organisant l'humanité de telle manière qu'elle avance avec le processus de la Nature et de l'Histoire comme si tous les hommes n'en faisaient qu'un, [le totalitarisme] emploie en fait la Terre comme moyen pour instituer le désert de l'absence de compagnie, de l'esseulement et de l'atomisation.” (Hannah Arendt)
Voilà. Le Sol français, tu aimes inconditionnellement sa Nature et son Histoire ou tu le quittes. (ça, ce serait du Sarkozy ou du Hortefeux ou du Besson… nos grands penseurs actuels…)
Voir aussi > Débat du moment : ”Qu'est-ce que l'identité nationale ?
Camille : Pâle septembre
Au crépuscule remonte les brumes…

Il se fait tard
La nuit s'annonce blanche
Tu sais bien, tu connais
Claquemurée entre tes murs
Loin des tiens
Tu sais de quoi ils sont capables
Tu n'as pas oublié
Tu n'oublies pas
Pourtant ton sang te pousse
Il pulse, il domine
Tu t'habilles tu sors
La rue n'attendait plus que toi
Tes pas claquent sur les pavés
Rythmes anarchiques et lignes sinueuses
Scrute à l'intérieur des camisoles errantes
Tu les vois les regards ?
Des gouffres des soleils
Suis l'équation des routes
Et le pas chaloupé des diablesses fardées
Silhouettes vaincues aux trajectoires floues
Tu égrènes la nuit, arpentes les possibles
Les bars se font collier et l'absinthe sillage
Les bouches écument leurs fumeroles lasses
Les jambes s'enroulent aux pieds des tabourets
Dans ton regard refluent les néons impudiques
De la ville zébrée de trainées outrancières
Tu sens les infrasons des longs cris muselés
Et les basses coulant d'une porte qui baille
Il se fait tard
Trop
Transe
Elle ouvre le bal
Ses doigts caressent l'ostinato lascif
Il frappe sur les peaux comme un amant avide
Doucement tout d'abord, tellement doucement
Tendres préliminaires
Regards croisés sons mêlés
Viens viens viens
Puis plus fort à attendre sa voix
Il mesure sa fièvre, goûte la résistance
Il veut le chant
Chant d'amour et de rage
Il veut la transe
Avec elle
Doute-t-il ?
Elle sait
Tout va venir
Mais elle prend son temps
Ne te presse pas mon amour
Nous finirons déments
Moi hurlant mon plaisir
Toi effleurant tes peaux
Mordant si fort la mienne
Fantôme
Voilà des jours que mon fantôme traîne
Sur la dernière marche de l'escalier
Affalé sur le seuil, oublié là
Quand tu sors, quand tu entres
Un courant froid t'enroule
Tu penses à la porte, en bas
Probablement fermée de guingois
Mais non, ce n'est que moi
Tu piétines ma transparence sans y laisser de trace
Parfois je me soulève au son de tes pas
Ton visage embrasse le mien
Puis traverse le vide
J'ai chanté mille fois les signes du grimoire
À en perdre la voix dans un râle étouffé
J'ai perdu ton orbite et j'ai largué la mienne
Je flotte abasourdie dans le néant glacial
Je me souviens de tout
Je ne suis qu'un fantôme
Dionysos chante Ferré : Thank you Satan
Thank you satan
Pour la flamme que tu allumes
Au creux d'un lit pauvre ou rupin
Pour le plaisir qui s'y consume
Dans la toile ou dans le satin
Pour les enfants que tu ranimes
Au fond des dortoirs chérubins
Pour les pétales anonymes
Comme la rose du matin
Thank You Satan
Pour le voleur que tu recouvres
De ton chandail tendre et rouquin
Pour les portes que tu lui ouvres
Sur la tanière des rupins
Pour le condamné que tu veilles
À l'abbaye du monte en l'air
Pour le rhum que tu lui conseilles
Et le mégot que tu lui sers
Thank You Satan
Pour les étoiles que tu sèmes
Dans le remords des assassins
Et pour ce coeur qui bat quand même
Dans la poitrine des putains
Pour les idées que tu maquilles
Dans la tête des citoyens
Pour la prise de la Bastille
Même si ça ne sert à rien
Thank You Satan
Pour le prêtre qui s'exaspère
À retrouver le doux agneau
Pour le pinard élémentaire
Qu'il prend pour du Château Margaux
Pour l'anarchiste à qui tu donnes
Les deux couleurs de ton pays
Le rouge pour naître à Barcelone
Le noir pour mourir à Paris
Thank You Satan
Pour la sépulture anonyme
Que tu fis à Monsieur Mozart
Sans croix ni rien sauf pour la frime
Un chien, croque-mort du hasard
Pour les poètes que tu glisses
Au chevet des adolescents
Quand poussent dans l'ombre complice
Des fleurs du mal de dix-sept ans
Thank You Satan
Pour le péché que tu fais naître
Au sein des plus raides vertus
Et pour l'ennui qui va paraître
Au coin du lit où tu n'es plus
Pour les ballots que tu fais paître
Dans le pré comme des moutons
Pour ton honneur à ne paraître
Jamais à la télévision
Thank You Satan
Pour tout cela et plus encore
Pour la solitude des rois
Le rire des têtes de morts
Le moyen de tourner la loi
Et qu'on ne me fasse point taire
Et que je chante pour ton bien
Dans ce monde où les muselières
Ne sont plus faites pour les chiens…
Thank You Satan

Dionysos est un groupe de rock français originaire de la ville de Valence. Il doit son succès à ses prestations scéniques et à l'univers dans lequel évolue le groupe, très inspiré par le cinéaste Tim Burton et l'écrivain Roald Dahl. Les textes, en anglais comme en français évoquent un univers surréaliste. C'est leur album Song for Jedi, sorti en 2002, qui les fait connaître auprès du grand public.
Nombreuses collaborations : The Kills, PJ Harvey, Cali, Olivia Ruiz, Deportivo, Magy Cherfi, Kim, Éric Cantona, Alain Bashung, Jean Rochefort, Arthur H, Grand Corps Malade, Emily Loizeau, Rossy de Palma).
Membres du groupe :
Mathias Malzieu : chant, ukulélé, guitare, thérémine, harmonica.
Éric Serra Tosio alias Rico : batterie, washboard.
Michaël Ponton alias Miky Biky : guitare, platine DJ, banjo, lapsteels.
Guillaume Garidel alias Guillermo : guitare basse, contrebasse, synthétiseur.
Élisabeth Maistre alias Babet : violon, synthétiseur, chant, banjo, thérémine.
Stéphan Bertholio alias Stephano : synthétiseur, banjo, glockenspiel, scie musicale ukulélé, lapsteels, guitare,
Pour célébrer les 15 ans du groupe, Dionysos a sélectionné et compilé près de 30 chansons et documents sonores totalement inédits : démos, titres livre, inédits, reprises… Ce double-album est un bijou.
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Mathias Malzieu est aussi l'auteur de deux livres sensibles et poétiques : Maintenant qu'il fait tout le temps nuit sur toi et La Mécanique du coeur, ainsi que d'un recueil de nouvelles : 38 mini westerns avec des fantômes.
Alors… la vie ?
Les yeux brûlés
J'ai cru ne plus savoir lire
La bouche scellée
J'ai cru ne plus pouvoir dire
Le corps évaporé
J'ai cru m'arrêter là
Alors… la vie ?
Il y eut…
Un mouvement dans l'herbe
Le talus se soulève comme mer déchaînée
Je ne bouge pas
Aucun étonnement
J'observe la vague
Jusqu'où montera-t-elle ?
Je l'espère très haute
Emporte-moi !
Juste un mirage
Ce n'était que cela
Une hallucination au déclin du jour
Depuis, peu à peu, les yeux se calment
Moins douloureux, encore un peu
Je reprends le chemin des pierres coupantes
Les pieds en sang, en équilibre
Mais… la vie…
Enfin l’automne
Un jour comme un autre
Tous pareils tous différents
Petit matin d'autome
Ciel bas ouaté de gris
Zébré de longs filaments blancs
Nuages alanguis en contrebas
S'accrochant aux derniers reliefs
Avant la roche
Où les cris silencieux ricochent
Il a plu cette nuit
Trempée jusqu'aux os
Assise sur le sol spongieux
Je regarde le monde
Le soleil est enfin vaincu
Toute cette lumière
Tout ce jaune et ce bleu de l'aube au crépuscule
Le vert clinquant des arbres et les fleurs pomponnées
Brûlaient mon regard délavé
Les contrastes s'apaisent
Les brumes ressurgissent
Les gris renaissent
Ils s'accordent si bien à mon cœur fatigué
À ce corps qui rechigne à marcher encore
Et bientôt viendra le blanc
Et tout s'oubliera